Tout le monde le sait, les bouchons sont récurrents à Grenoble et ils sont particulièrement importants sur l’A480 mais aussi sur la rocade sud, l’A48, l’A41…

Les encombrements routiers ne sont bons pour personne : stress, perte de temps, pollution, frein aux activités économiques… Régler ce problème de bouchons est nécessaire à l’amélioration de la qualité de vie des riverains, des automobilistes et au développement des entreprises locales.

Pourquoi des bouchons sur l’A480 ?

L’A480 est une autoroute 2*2 voie en milieu urbain. Elle supporte des trafics journaliers de 80 000 à 100 000 véhicules par jour, voire 115 000 certains jours. Ce trafic dépasse ainsi régulièrement la capacité de l’aménagement et des bouchons se forment. La densité des entrées – sorties (7 en 7km) génère quant à elle des difficultés supplémentaires.

Au niveau de l’échangeur du Rondeau c’est l’entrecroisement des flux locaux et de transit qui pose problème. Ce “plat de nouilles” ne répond pas aux exigences de fluidité et de sécurité de circulation.

D’où vient ce trafic ? Il est essentiellement local.

  • Environ 40% des trajets sont internes au périmètre de l’A480 et sont donc des circulations dans le cœur de Métropole. Ces déplacements ne font que quelques kilomètres.
  • Presque 50% sont des trajets d’échange avec les territoires voisins (Vercors, Voironnais, Trièves…).
  • Le trafic de transit ne dépasse pas 15% des flux.

Les camions ne représentent que 8% du trafic, qui est donc essentiellement composé de véhicules légers.

Quelles sont les options ?

Pour faire disparaître les bouchons, l’équation est simple : réduire le nombre de véhicules ou augmenter la capacité de l’autoroute (même si cette seconde solution n’a qu’un effet limité dans le temps).

AREA et l’Etat ont fait le choix d’accroître la capacité de l’A480 par un passage à 2*3 voies, ce qui augmente le débit de 50%. De quoi absorber 50 000 véhicules en plus chaque jour devant les fenêtres des riverains et des écoles !

D’un point de vue environnemental et sanitaire, cette solution ne nous paraît pas acceptable. Il serait possible de supprimer les bouchons en réduisant la circulation de 10 à 15% (soit entre 10 000 et 15 000 véhicules). Cela peut paraître important mais c’est à comparer aux 1 750 000 déplacements quotidiens sur le territoire de la Métropole, dont :

  • 810 000 déplacements en voiture
  • 400 000 trajets en transports collectifs
  • et 57 000 en vélo (en 2010, en forte hausse depuis)

ainsi qu’au taux d’occupation des véhicules sur l’A480 évalué à 1,04 personne par véhicule.

Nos solutions pour mieux respirer et faire sauter les bouchons

La mise en place d’un ensemble de solutions permettrait de limiter la circulation, faire disparaître les bouchons tout en réduisant les nuisances pour les riverains et la pollution.

1. Aménager le Rondeau

L’échangeur du Rondeau est un nœud bloquant pour le trafic. Son réaménagement est une priorité. Le projet proposé fait consensus auprès des acteurs locaux. A lui seul l’aménagement du Rondeau améliorerait la fluidité et les temps de parcours.

2. Miser sur le covoiturage

L’A480 est particulièrement saturée le matin et le soir à l’occasion des trajets domicile – travail. Pour ces trajets, le taux d’occupation des véhicules est très faible : 1,04 personne par voiture.

Tout le monde ne peut pas covoiturer (horaires, localisation) mais faire augmenter le taux d’occupation par le covoiturage est l’un des meilleurs moyens de réduire la circulation. De plus le covoiturage permet de diviser les frais de transport. De nombreux moyens existent pour inciter au covoiturage :

  • Mettre en place de parkings covoiturage aux entrées de l’agglomération
  • Réduire ou rendre gratuit les péages pour les véhicules pratiquant le covoiturage
  • Mettre en place des “voies à occupation multiple” ou voies réservées au covoiturage. A Ontario, Canada, la création d’une telle voie a permis de faire passer le taux d’occupation de 1,04 à 1,2 personne par véhicule. Soit l’équivalent d’une baisse de plus de 10% du trafic routier ! De quoi supprimer les bouchons de l’A480.
Expérimentation d’une voie covoiturage sur l’autoroute A1

La mise en place de ces solutions sur les 3 branches du Y grenoblois est l’opportunité de réduire significativement le nombre de véhicules dans la Métropole. Si une troisième voie est créé sur l’A480 elle doit être réservée au covoiturage et à des lignes de bus et cars express afin de ne pas créer de trafic supplémentaire.


3. Limiter la vitesse à 70km/h sur l’A480 et la Rocade sud

C’est une mesure simple à mettre en œuvre. Elle ne vise pas à pénaliser les automobilistes, au contraire. En effet c’est à cette vitesse que le débit et la fluidité d’une autoroute urbaine sont le plus élevés. L’impact sur les temps de parcours par rapport à 90km/h est modéré, :

  • 3 minutes sur les 17km de l’A480 et de la Rocade sud
  • 1 minute 20 pour les 7km de la portion centrale de l’A480

Pour les riverains la différence est plus importante. C’est moins de bruit et une réduction des émissions de NOx et de particules fines de plus de 5%.

4. Développer le télétravail

Le numérique est une opportunité pour limiter les besoins de déplacement. Le télétravail pourrait être pratiqué pour de nombreux emplois. Il est trop peu développé en France. Un jour de télétravail par semaine c’est 20% de temps en moins dans les transports et 20% d’économies.

Les entreprises et les administrations doivent évoluer sur ce point et donner plus de liberté à leurs salariés.

5. Développer le tramway

Historiquement c’est le tramway qui a permis la réduction de la part des trajets en voiture dans la Métropole grenobloise. Malheureusement aucun développement significatif du réseau n’est prévu jusqu’en… 2030 ! Nous rejoignons l’avis de l’Association pour le Développement des Transports en Commun (ADTC) et appelons :

  • à prolonger la ligne E jusqu’à Pont-de-Claix pour permettre une meilleure desserte du sud de la Métropole,
  • à prolonger la ligne A jusqu’à Sassenage,
  • à créer une ligne en direction du Grésivaudan.

Comment financer cela ? En redirigeant une partie des financements de l’élargissement de l’A480 vers les transports collectifs. Le projet d’A480 présenté à la concertation en 2011 ne coûtait “que” 130M€ contre plus de 340 pour le projet actuel. La différence permet de financer largement les extensions de tramway.

6. Développer un “RER grenoblois”

Le train permet de relier rapidement la Métropole depuis les territoires voisins. Il souffre cependant d’un manque d’investissement qui entraîne des difficultés et des retards à répétition. La ligne Grenoble – Lyon doit faire l’objet d’investissements importants (création d’une 3ème et 4ème voie entre Moirans et Grenoble), sans attendre la période 2024 – 2030 comme le prévoit le PDU.

La création et le renforcement des haltes ferroviaires de Domène et d’Echirolles sont aussi l’opportunité d’attirer de nouveaux voyageurs.

La ligne Grenoble – Gap, un temps menacée de fermeture complète, doit elle aussi voir sa desserte améliorée.

7. Améliorer les infrastructures cyclables

Anecdotique il y a quelques années, le vélo devient progressivement un mode de déplacement à part entière. Il connaît un essor rapide sur la Métropole (+38% entre 2002 et 2010). La part modale du vélo atteint… 4% sur la Métropole et 15% pour la seule Ville de Grenoble. Les marges de progrès sont importantes, la part des déplacements réalisée en vélo atteint ainsi 40% à Amsterdam, 25% à Bâle, 20% à Bologne, Francfort, Tokyo et Munich.

Passerelle cycles à Copenhague. A Grenoble les traversées du Drac sont trop peu nombreuses et trop éloignées pour les cyclistes

Avec des infrastructures de qualité, et plus encore grâce aux vélos électriques, il devient possible de se déplacer rapidement sur plusieurs kilomètres. C’est une alternative crédible pour des déplacements jusqu’à 5 voire 10km avec une assistance électrique. Pour comparaison un déplacement moyen dans le cœur de la Métropole fait 3km.

8. Créer une 3ème voie sur l’A480

Oui nous y sommes favorables mais pas à n’importe quel prix ni n’importe comment. Le projet porté par AREA est un projet autoroutier basé sur une vitesse maximale de 90km/h. La conséquence ? Les ouvrages et les voies sont dimensionnées en fonction, ce qui augmente l’emprise et conduit à détruire 16ha d’espaces non urbanisés. Le coût explose avec un total de presque 350M€ pour le Rondeau et l’A480. Et pour cause, le pont sur l’Isère ou encore le pont du tramway de Catane devront être repris.

Un projet alternatif plus raisonnable existe. C’est celui qui a été présentée à la concertation publique en 2011 par l’Etat. Sont coût (Rondeau + A480) était évalué à 130M€, soit 220M€ de moins que le projet d’AREA.

En basant l’aménagement sur une vitesse maximale de 70km/h et un utilisant par endroit les bandes d’arrêt d’urgence comme 3ème voie de circulation, le projet limite l’ampleur des travaux, leur coût et leur durée. Les usagers, comme les riverains, sont moins pénalisés.

Illustrations du scénario présenté à la concertation en 2011

Cet élargissement à 2*3 voies doit impérativement être accompagné d’une voie réservée au covoiturage et à des lignes de bus et cars express afin de ne pas engendrer de trafic supplémentaire.

Les voies bus existent déjà sur l’A48 et sont en plein essor en région parisienne : A1, A6, A12

Cet aménagement doit être réalisé dans l’esprit d’un boulevard urbain, limité à 70km/h, avec des murs anti-bruit le long de tous les quartiers. Il doit ainsi permettre la circulation tout en respectant le cadre de vie. L’intégration urbaine des ouvrages et la végétalisation sont essentiels.

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