A 480 : Elargissement autoroutier, étroitesse de vision politique

L’histoire de l’A480 est un formidable exemple de ce que Noah Harari appelle  « la dissonance cognitive » mais aussi une triste démonstration de ce qu’est une posture politique sur un arbitrage politicien.

Rappel des faits : en 2011, face aux demandes incessantes du milieu économique grenoblois se plaignant des congestions « voiturières » à l’entrée de Grenoble, le passage à 3 voies de l‘A480 est envisagée dans sa portion la plus congrue.

Si personne, y compris les associations environnementales ne conteste de réaménager l’échangeur du Rondeau, pour le reste il existe aussi un consensus, il n’y aura pas d’élargissement à proprement parlé, mais une “conversion”, avec l’utilisation de la bande d’arrêt d’urgence comme voie de circulation dédiée au transports vertueux, essentiellement transports en commun et co-voiturage.

Les promoteurs du projet parlent alors de boulevard urbain, de travaux sans augmentation de l’emprise bitumée, sans gagner sur le Drac, d’un coût relativement modéré ( 111 millions d’euros), et d’une vitesse limitée à 70 km/heure. Les consultations du public, préalable indispensable à l’obtention de la fameuse déclaration d’utilité publique, ne se feront que sur ce seul scénario.

Et puis, patatras, 4 ans plus tard, à la faveur d’un changement de maître d’ouvrage, passant de la DREAL, donc l’Etat, à la société AREA, les options changent radicalement.

Ce revirement coïncide avec la renégociation des concessions par le gouvernement Valls, conduite plus précisément par Emmanuel Macron, alors ministre de l’économie. Le Plan de relance autoroutier qui en découle prévoit que les sociétés d’exploitation, en contrepartie de l’allongement des durées d’exploitation et des augmentations de tarifs, devront engager des travaux d’amélioration du réseau autoroutier.

En local, sans que jamais il n’ait été possible d’en connaître les contreparties, ces données étant à ce jour confidentielles d’où le recours engagé par Raymond Avrillier) AREA prend à sa charge une partie du coût de ce qui s’appelle désormais l’ « élargissement ». Le budget, sans doute sous-estimé, se monte désormais à plus de 340 millions d’euros.

Le boulevard urbain s’est donc subitement transformé en autoroute, la vitesse pourra être fixée à 90 kilomètres heure, l’augmentation de l’’emprise sur le Drac atteint 5 mètres de largeur, ce qui nécessitera des déboisements de 5,6 hectare et l’élimination de 1,5 hectare de zones humides.

Il est vrai que Grenoble, suffocant l’hiver à coup de particules fines et l’été du fait de l’ozone, avait bien besoin de mesures de compensation visant à réduire l’atteinte à l’environnement sur la commune de la Buisse. Toujours est-il que les barrières d’arbres éliminés viendront exposer, fragiliser Grenoble.

Depuis, le bruit assourdissant des tronçonneuses sont venus faire taire les contestations des militants écologistes. Tous ces arbres ont été rapidement abattus pour, d’après AREA, « éviter d’impacter la nidification des oiseaux ». Sage intention.

Plus tard, dans le cadre d’une enquête menée pour la délivrance de l’autorisation environnementale, l’autorité du même nom pointera du doigt les insuffisances des études d’impact sur la périurbanisation. Elle regrettera que le scénario du boulevard urbain ait été écarté, sans raison aucune.

In fine, cet élargissement de l’A480 illustre la schizophrénie des élus qui, dans les grands messes environnementales ou plus localement dans les biennales des villes en transition, se targuent d’être toujours plus verts mais qui, sur un projet comme l’A480, non seulement contribuent à la violation des accords internationaux que la France ratifie sur les émissions de CO2 mais surtout rassurent et renforcent le tout voiture, les constructeurs automobile, et les sociétés d’autoroute alors même qu’il existe un consensus scientifiques sur l’évidence d’un besoin de changement radical.

L’élargissement c’est aussi l’histoire d’un médecin qui transfuse un patient tout en lui faisant un garrot.

Aux détracteurs du projet qui opposent à l’argument de la fluidification du trafic, l’effet aspirateur à automobiles, il sera rétorqué « pas du tout » grâce à de nouveaux verrous dissuasifs qui seront créés en amont de l’élargissement. Mais, une fois l’autoroute élargie et le trafic fluidifié, les politiques publiques risquent d’avoir bien du mal à convaincre les habitants des territoires périurbains, principaux utilisateurs de l’A480, d’abandonner l’autosolisme pour monter dans des bus ou des trains, covoiturer ou prendre leur vélo…

Tout ça pour ça. Nos déficits publics, apparemment colossaux, nous autorisent-ils de tels gâchis et ce d’autant plus que, directement ou pas, le coût de l’élargissement sera nécessairement répercuté sur l’utilisateur d’autoroute, aux péages.

Alors que les études pleuvent sur les nuisances et les incidences que la combustion des énergies fossiles fait courir à la santé des plus fragiles, personnes âgées, femmes enceintes et enfants, l’A480 apparaît comme une incroyable occasion manquée de penser la mobilité différemment. Ou bien, peut-être faut-il voir cet aménagement comme le dernier soubresaut d’une industrie qui sait sa fin proche, et cherche à jouer son dernier atout…

En tout cas, ce manque de projection, d’anticipation des pouvoirs politiques sur les alternatives à l’automobile a déjà amené les citoyens à brandir leur gilet jaune comme étendard.

Il n’est pire sourd qui ne veut entendre

Pierre JANOT

Rejet de la demande de suspension des travaux

Par sa décision du 1 mars 2019, le juge des référés du Tribunal Administratif de Grenoble vient de rejeter la demande de suspension des travaux d’élargissement de l’A480.

Nous regrettons que le juge n’ait pas entendu nos arguments et notamment :

  • un défaut de concertation puisque la concertation a été réalisée en 2011 sur un projet bien différent de celui d’aujourd’hui
  • l’absence d’étude sérieuse de scénario alternatif moins impactant pour l’environnement comme l’a souligné l’Autorité environnementale

Cette décision est évidemment une déception pour nous tous. Nous avons constaté les dégâts causés par les travaux, qui n’avaient pas attendu ce jugement pour déboiser le parc Vallier Catane et les Berges du Drac.

Mais cette décision ne remet pas en cause notre détermination. Nous attendons désormais le jugement sur le fond et continuons de défendre nos alternatives qui permettent de mieux concilier mobilité, environnement et respect du cadre de vie des riverains

  • extension du 70km/h à l’ensemble de l’A480 et de la rocade sud
  • mise en place de murs anti-bruit devant tous les quartiers traversés
  • mise en place de voies réservées bus / covoiturage sur l’ensemble des axes autoroutiers pénétrants dans l’Agglomération (A48, A480, A41, A51)

Communiqué : 70km/h sur la portion centrale de l’A480

La Préfecture de l’Isère a annoncé vendredi 22 février 2019 la signature d’un arrêté instaurant une limitation de la vitesse maximale à 70km/h sur une courte portion du boulevard périphérique métropolitain, entre les échangeurs Vercors et Louise Michel de l’A480. Pourtant une semaine plus tôt, le 15 février lors d’une conférence de presse rassemblant l’ensemble des partenaires du projet, le Préfet avait annoncé que cet arrêté ne serait pas pris avant… 2022.

Cet imbroglio mis à part, nous nous félicitons de cette décision que nous appelions depuis longtemps. En effet, le passage de 90 à 70km/h permet, d’après les études menées dans le cadre du projet A480, de réduire le bruit, l’accidentologie et l’émission des principaux polluants (NO2, PM) de l’ordre de 5 à 7%. 70 est aussi la vitesse la plus favorable à la fluidité du trafic et augmente très peu les temps de parcours.

Il faut saluer la mobilisation de l’ensemble des Maires des communes riveraines de l’A480, dont le Maire de Grenoble, du Président de la Métropole et du SMTC pour obtenir, dès à présent et non en 2022, cette décision du Préfet face aux résistances du Département qui reste enferré dans une logique routière totalement dépassée au regard des enjeux sanitaires et environnementaux.

Cette décision pour le 70 est un petit pas dans la bonne direction. Prise plus tôt elle aurait permis de revoir à la baisse le dimensionnement de l’ensemble des ouvrages et ainsi réduire les emprises et les travaux nécessaires.

Toutefois, cette décision ne peut à elle seule contrebalancer les effets négatifs du projet de l’A480 à savoir le risque majeur de voir le trafic augmenter suite à l’élargissement. Il est possible de réduire les bouchons pour un coût économique et environnemental moins élevé, comme le prévoyait notamment le scénario présenté par l’État lors de la concertation publique en 2011.

Pour faire face aux engagements pris pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre et respecter les valeurs cibles de l’OMS quant à la qualité de l’air, une politique ambitieuse de réduction de la circulation routière au profit des autres modes de transports doit être menée. Nous appelons à :

  • généraliser cette vitesse de 70km/ sur l’ensemble du boulevard périphérique Métropolitain (A480 et Rocade sud), comme l’ont fait Lyon et Lille dernièrement
  • généraliser l’expérimentation des voies covoiturage sur l’ensemble des axes autoroutiers desservants la Métropole : A48, A480, A41 et A51.

L’ensemble de nos propositions sont détaillées sur a480.org

Communiqué de presse du lundi 18 février

La Préfecture, la Métropole et Area en flagrant délit de désinformation sur le projet d’élargissement de l’A480

Ce vendredi 15 février, lors d’une conférence de presse à la préfecture de l’Isère, les responsables du projet, ignorant le référé suspensif déposé au Tribunal administratif de Grenoble, se sont félicités d’avancées qui ne convainquent ni les riverains, ni les associations environnementales, et qui ont passablement irrité la ville de Grenoble

Plusieurs collectifs s’étaient réunis devant la préfecture réclamant qu’une délégation puisse assister à cette conférence. A défaut d’avoir pu rentrer, voici la lettre que nous adressions aux porteurs du projet.

Quelle sera la vitesse sur cette autoroute XXL ?

La grande annonce attendue de cette conférence, n’en fut pas une. Après l’intervention d’un des journalistes présents, interrogeant les porteurs du projet sur la pertinence de persister à dimensionner une autoroute à 90 km/h, induisant un élargissement notable (alors qu’une 2×3 voies à 70 km/h se contenterait de la surface bitumée actuelle) et une réfection de la plupart des ouvrages de franchissement, c’est visiblement la question de savoir quand exactement serait pris l’arrêté pour la vitesse de circulation qui a dérangé le préfet.

Comme a ironisé le maire de Grenoble, visiblement agacé par la situation: il n’y aura en effet pas d’arrêté préfectoral limitant la vitesse à 70 km/h, en tout cas pas avant la fin des travaux, en 2022.

Le dossier de presse de cette conférence précise par ailleurs que la portion limitée 70 km/h irait uniquement du diffuseur du Vercors à celui de Louise Michel, soit seulement 3.5km sur les 8km de l’A480. Annoncée à diverses reprises par les porteurs du projet (comme par exemple le 15 Novembre 2018 par C. Ferrari), et fermement soutenue par la municipalité grenobloise, la limitation de vitesse à 70 km/h, qui est le premier pas évident pour aller vers cette “autoroute apaisée” que le PDG d’AREA, Philippe Nourry, dit vouloir, est donc remise aux calendes grecques.

Il est intéressant de rappeler qu’un des engagement du contrat de majorité de la Métropole promettait de faire de l’A480 un “boulevard urbain à 2*2 voies dont la vitesse sera limitée à 70 km/h“. Rappelons également que Christophe Ferrari s’était publiquement exprimé contre l’élargissement de l’A480 en septembre 2015, la priorité étant selon lui au réaménagement de l’échangeur du Rondeau.

Le covoiturage sera uniquement l’objet d’une étude

Précisons tout de suite, pour dissiper le flou entretenu sur ce sujet depuis des mois par les porteurs du projet, que la voie covoiturage annoncée lors de cette conférence est sur l’A48, et non sur l’A480.

Alors que le covoiturage sur autoroute va sans doute devenir généralisable prochainement grâce à la Loi d’Orientation des Mobilités, où en est la décision sur la voie de covoiturage sur l’A48, mesure évidente pour décongestionner, en limitant le flux de véhicules entrant, l’A480 ? A celui d’une ”étude d’opportunité pour une expérimentation” ! Mais, de toutes les façons, comment croire qu’AREA soit favorable à une telle solution, laquelle, si elle venait à fonctionner efficacement, viendrait diminuer nettement le nombre de véhicules circulant sur ses voiries ? Sachant par ailleurs que, si l’A480 était effectivement élargi, les bouchons ne remonteraient alors plus sur l’A48: l’effet incitatif pour emprunter la voie réservée au covoiturage serait alors sans doute nul ou presque…

Les murs anti-bruits

Le grand absent de cette conférence est probablement le sujet des murs anti-bruits, notamment ceux réclamés par les riverains de Berriat – Europole. Les promoteurs du projet ne manquent pas de rappeler qu’il vont plus loin que la loi, mais, sur un budget de 300 M€, pourquoi laisser encore des sections urbaines dépourvues de ces protections contre le bruit ? Certe le fait d’avoir fait appel à un architecte réputé pour végétaliser les murs et en faire des “supports ludiques” a pu plomber le budget, mais en attendant les riverains eux ne comprennent pas pourquoi ils sont sacrifiés.

Le démarrage des travaux

L’objet de cette conférence était également d’annoncer le début des travaux. Ces derniers doivent très prochainement concerner le parc public Vallier-Catane. Ce parc est fréquenté par les habitants du quartier et sa ligne d’arbre protège, au moins partiellement, le groupe scolaire Joseph Vallier du bruit de l’autoroute. Pourquoi ces coupes ? Pour permettre les terrassements de la future bretelle, laquelle se rapprochera donc de la ville de 20 m: l’école primaire, fréquentée par plus de 150 enfants, ne sera plus qu’à une trentaine de mètres de l’autoroute. Pourquoi persister à entreprendre ces travaux, notamment les coupes d’arbres, alors qu’une action en justice risque d’arrêter le chantier dans son ensemble ?

Ce Lundi 18 Fevrier, les travaux de déboisement du parc public Vallier-Catane ont etes suspendus par 25 activistes   

Tweet 1 ; Tweet 2 ; Message Facebook

Nos revendications

Avant de démontrer que des alternatives à l’actuel projet surdimensionné d’élargissement de l’A480 existent bel et bien, il est crucial de bien comprendre que ce dernier est une conséquence de l’accord signé en 2015 entre les ministres Valls, Macron et Royal et les sociétés concessionnaires d’autoroute. En dépit des demandes répétées du grenoblois R. Avrillier, cet accord est resté secret, jusqu’à ce qu’il parvienne aux médias le mois dernier et qu’il y soit enfin décrypté.

Convenu dans cet accord, l’engagement d’AREA à engager pour 300 M€ de travaux lui permet de récupérer des bénéfices indécents, grâce à la rentabilité exceptionnelle du business des autoroutes. Si, en plus, l’Etat, par cet accord de 2015, permet à AREA d’augmenter les tarifs autoroutiers et d’allonger sa concession, il ne fait aucun doute que l’investissement mis pour l’élargissement sera très, très largement récupéré, sur le dos des automobilistes…

Or, en s’appuyant sur le bilan de la concertation de 2011 et sur le Plan de Déplacement Urbain, des scénarios alternatifs sont pourtant clairement envisageables pour aménager intelligemment les infrastructures autoroutières existantes. En premier lieu, la mise en place de voies réservées aux transports collectifs et au covoiturage sur les 3 principaux axes du Y grenoblois, ce qui délesterait l’A480. Ensuite, la mise à 2×3 voies de l’A480, sans bande d’arrêt d’urgence et sans élargissement grâce à un dimensionnement pour une vitesse limitée à 70 km/h. Et enfin, la prise en compte de la demande des riverains pour la création d’un mur de protection phonique quelque soit le scénario retenu.

Alors qu’une nouvelle pétition contre ce projet a dépassé les 1000 signatures, nous demandons un moratoire sur le démarrage des travaux, un débat public et une analyse comparative de scénarios alternatif